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Regain, de Jean Giono

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Regain, de Jean Giono Empty Regain, de Jean Giono

Message  André Mar 12 Juin - 11:44

Roman très beau qui se dévore tellement il est beau

Regain est une histoire simple et forte parce qu'elle raconte l'essentiel : la vie, la mort et la renaissance comme cycle naturel des choses. L'auteur étant provençal, on pourrait s'attendre à une tranche de vie pittoresque aux accents plein de cigales, mais non, il s'agit en vérité d'une histoire universelle, celle d'une rédemption qui se déroule accessoirement en Haute-Provence
Que nous raconte-t-on? :

Aubignane est un village moribond, au milieu d'une nature, âpre, sauvage et battue par les vents. Après le départ du forgeron qui tapait hardiment sur son enclume pour s'imaginer que la vie n'avait pas totalement disparu du lieu, Panturle reste seul avec la Mamèche, sa voisine rendue à moitié folle d'avoir perdu fils et mari. La vieille veuve cependant est porteuse d'une espérance insensée : la mort du village n'est pas inéluctable, il peut renaître pour peu que Panturle trouve femme et fonde une famille. Et alors ce sera comme une semence jetée dans la bonne terre qui produit son grain en sa saison.

Vinrent à passer par là, poussés par la peur et la nécessité de trouver un refuge, Gédémus, le vieux rémouleur, accompagné d'Arsule, jeune femme déchue recueillie par lui au fond de l'humiliation; elle lui sert autant de compagnie que de de mulet pour traîner la "bricole", la machine à aiguiser montée sur roues.

Panturle,aux aguets, observe cet étrange équipage venu jusqu'à lui, dans son hameau désert que même la Mamèche a quitté un beau matin. Il contemple la femme et, de bête qu'il devenait à force de solitude, il se sent redevenir homme, avec des pensées d'homme, et des désirs d'homme. Il approche Arsule, celle que l'on traite comme une bête elle aussi, et voilà qu'il lui restitue son statut de femme. Renaît alors l'espoir d'une vie possible. Les champs sont labourés, les grains semés, le blé récolté, vendu au marché de la ville qui n'en proposait guère parce que l'année n'était pas bonne.

Alors, la vente effectuée, le gain serré comme un trésor, on se donne à penser qu'Aubignane, là haut, est en mesure de nourrir avec le fruit de son labeur celui qui voudra bien y demeurer.
Et tandis que Panturle regarde s'arrondir le ventre ensemencé d'Arsule, qui fut une traînée inféconde, une famille d'agriculteurs vient s'installer en voisin. C'est un début, le signe avant coureur que la vie va de nouveau s'épanouir dans le village, comme cette herbe qui repousse après la fauchaison rase et qu'on appelle le regain.
Le style :

C'est celui d'un très grand écrivain, au vocabulaire riche, qui déploie dans son écriture sensuelle, charnue, quantité d'images d'une grande force évocatrice donnant plus à contempler le récit qu'à le déchiffrer. Une écriture rare, pleine de métaphores saisissantes et poétiques, enracinée dans la nature qu'elle dépeint. On est étourdit par cette abondance, mais on en redemande, on ne s'en lasse jamais.
L'auteur :

Jean Giono (1895~1970), écrivain membre de l'Académie Goncourt, scénariste et cinéaste est sans doute injustement oublié, et beaucoup de gens pensent ne rien connaître de cette oeuvre qui s'intéresse à la condition de l'homme ordinaire face aux questions morales et spirituelles de tout un chacun. C'est qu'ils ignorent, ces gens, que les films de Pagnol si majestueusement interprétés par Raimu, Fernandel et autres, tels que la Femme du Boulanger, Jofroi, Angèle, Regain... sont tirés des oeuvres de Giono. D'autres cinéastes adapteront aussi quelques unes de ses oeuvres, Giono, enchanteur des mots, étant un formidable raconteur d'histoires que ne pouvait ignorer le cinéma toujours en quête de bons sujets.
Lire Giono, me procure à chaque fois le même plaisir, voire la même jouissance intellectuelle.

En brève conclusion :


Regain est à déguster immodérément, en laissant fondre son coeur sans retenue. Et si ce court et admirable récit donne à certains l'envie de côtoyer plus longuement l'auteur, je leur conseillerai de simmerger dans Que ma joie demeure, mieux adapté par son épaisseur à une lecture au long cours
Regain, 185 pages, Livre de Poche N°382
Que ma joie demeure, 504 pages, Livre de Poche N°493



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