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Boy, de Christine de Rivoyre

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Boy, de Christine de Rivoyre Empty Boy, de Christine de Rivoyre

Message  André Dim 27 Jan - 17:45

Romanesque nostalgique, beau et cruel

L'auteur :

De Chritine de Rivoyre, une presque compatriote puisqu'elle habite et écrit dans sa maison sise à Onesse, dans les Landes, j'avais lu, il y a fort longtemps, un délicieux roman intitulé La Mandarine; j'avais également vu un film de JG Albicoco, Le Petit Matin, tiré de son roman éponyme qui lui avait valu le prix Interallié en 1968. Le film ayant su imprimer dans ma mémoire l'Océan, ses rouleaux, la pinède, les délicatesses des matins aux brumes légères, j'en oubliais de lire l'ouvrage qui l'avait si bien inspiré. Et j'oubliais Chritine de Rivoyre, qui eut pourtant une activité littéraire non négligeable. C'est par le plus grand des hasards que j'eus entre les mains Boy, un vieux recueil du Livre de Poche dont l'illustration de couverture en style Art Déco m'attira immédiatement.

Bien m'en a pris : il y avait longtemps que je n'avais eu autant de plaisir à lire un roman.


L'histoire :

Nous sommes en 1937, c'est l'été à Hendaye, le temps est superbe et la mer propice aux baignades. Certes, la guerre civile gronde au-delà de la Bidassoa, on y pense simplement comme à un tracas qui empêche d'aller s'approvisionner à bon marché en Espagne. De ce côté-ci de la frontière, le Front Populaire a changé le climat social, il y a bien quelques grèves de bistrotiers ressenties comme autant d'intolérables atteintes au mode de vie qui nous est dû, mais enfin, nous pouvons quand même vivre bourgeoisement. C'est que nous sommes bourgeois à Gure Geritza, la villa basque de Hendaye où cohabitent pour l'été trois générations de riches Bordelais; on y parsème sa conversation d'expressions anglaises, on garde avec soi une nurse irlandaise, on se montre bons maîtres avec les serviteurs qui travaillent durement, on y rit mais on y tricote aussi des propos fielleux. Beaucoup de femmes vivent ici qui ont toutes un point commun : l'adoration qu'elles vouent au fils de famille, surnommé Boy, de la plus vieille carne à la plus jeune nièce, Hildegarde âgée de 12 ans en passant par la cuisinière, Maria Sentucq, et la toute fraîche camériste, Suzon Pistebèle, qui ressent le gnac dans le coeur chaque fois que Boy Malégasse la regarde, au point qu'elle ne peut lui refuser son lit.

Et voici que Boy revient d'Amérique, tout chargé de charme, et de mystère aussi, horripilant pour les hommes de la maison, irrésistible pour les femmes; il est comme une divinité solaire, un tourbillon, plein d'assurance, de bagou, de sourires, de jeunesse et de beauté, entraînant dans son sillage des prétendantes de la bonne société, des espèces de sangsues dont il ne fait pas grand cas.

Mais peu à peu, les failles vont apparaître chez cet homme, des faiblesses, la dépendance aux jeux, à la boisson, l'incapacité à sortir de l'enfance choyée dans une espèce de gynécée. Cette histoire peut-elle bien finir? Je n'en dirai pas davantage.
Elle s'arrête en 1939.
La guerre n'est plus contenue par la Bidassoa. Le monde élitiste des Malégasse, des Bertaud-Barrèges, l'élégance affectée, l'anglophilie, les études au Sacré Coeur de Bordeaux, le golf, le luxe, on le sait bien, tout finira par s'effondrer. Mais avant la chute, que ne pouvait-il pas advenir d'inévitable aux protagonistes en présence?

Le procédé littéraire :

C'est une histoire qui nous est racontée à trois voix : celle de de la petite Hildegarde, amoureuse de son oncle Boy, celle de Suzon, domestique qui ne parvient pas à se refuser au maître, même quand elle envisage d'épouser Pierre, le basque de Sare, pour échapper à sa condition, et celle de Maria Sentucq, la vielle cuisinière, qui viendra dire le dénouement.

Chaque voix est transcrite dans un style différent et je dois dire que je me suis régalé chaque fois que Suzon faisait avancer le récit. J'y ai retrouvé des tournures de phrases, des expressions patoisantes, des exclamations, des appels à la Vierge de Buglose, tout un langage oublié qui avait bercé mon enfance landaise.

Et ce n'est pas le moindre des talents de Christine de Rivoyre que d'avoir su rendre toute sa succulence à cette région si particulière en faisant vivre une femme du terroir comme j'en ai croisé et côtoyé souvent, sans penser un instant quelles richesses elles portaient naturellement en elles.

En conclusion

C'est un roman qui ne cherche pas précisément à développer une thèse ou à faire prendre au lecteur sa tête à deux mains pour reconsidérer le monde et son train. Il cherche à distraire et il le fait bellement, avec une intrigue si bien menée qu'elle semble aller de soi, et dans un style plein de trouvailles

Boy, Christine de Rivoyre
Paru en 1973, 282 pages, Livre de Poche N° 4100

Bonne lecture

André

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