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Salam Ouessant, de Azouz Begag

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Salam Ouessant, de Azouz Begag Empty Salam Ouessant, de Azouz Begag

Message  André Mar 11 Fév - 8:30

Un ton léger pour un sujet grave

L'auteur :

Azouz Begag est né à Lyon est né en 1957 de parents algériens, venus de l'ex-département de Constantine pour s'installer en métropole en 1949, en une époque où ils étaient français de fait. C'est dire si Azouz connaît peu l'Algérie, qu'il visitera cependant en 1970 avec ses parents, où il manque d'être enrôlé dans l'armée. Il y échappe et ce n'est qu'une dizaine d'années plus tard, après des études universitaires, qu'il renoncera à retourner définitivement dans le pays de ses origines, quand il y avait dans l'air du temps, en France, les prémices de SOS Racisme et de son corollaire, l'exaltation des racines. Trentenaire, il demandera et obtiendra la nationalité française, sans cesser pourtant de rappeler ses gènes magrhébins.

Il se marie (avec une catholique bon teint ?), et deux filles naîtront de son mariage.

Titulaire d'un doctorat en économie, il occupera des fonctions de chercheurs au CNRS et d'enseignant tout en lorgnant sur une carrière politique. On le verra naviguer du PS, au RPR, puis des Divers Gauche aux  Divers Droite et enfin au MoDem. On ne peut s'empêcher de l'imaginer balloté par des convictions fluctuantes, comme en quête d'une identité politique, d'un ancrage solide dans un havre sûr.

Pour moi, avant lecture de son livre, Azouz Begag  restait dans ma mémoire comme le ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la Promotion de l'égalité des chances dans le gouvernement de Dominique de Villepin, un ministre à propos duquel je ne saurais citer aucune action retentissante. Il restait aussi comme celui que certains courants politiques brocardaient pour ses propositions de discrimination positive, ses rodomontades fracassantes, ses attributions au délit de faciès tout ce qui lui arrivait de fâcheux, ses démêlés avec les douanes américaines ou avec le Conseil constitutionnel etc.

C'est dire si je n'avais pas envie de lire un bouquin de ce déroutant vibrion.

Hé bien, j'aurais eu tort de m'en priver sur la seule foi de mes préjugés. Ce bouquin est gentiment drôle, doux-amer, nostalgique et, me semble-t-il, sincère, ce qui n'est pas si courant.


L'histoire :

C'est un livre écrit à la première personne, et il y a fort à parier que le narrateur du récit et l'auteur du bouquin soient la même personne. À savoir un père divorcé qui emmène ses filles en vacances sur la pluvieuse Ouessant alors qu'elles rêvaient du soleil algérien, pensant malgré tout conquérir leur amour ou, au minimum, leur attention réservée le reste du temps à leur mère . Il dispose d'un moment de vacances partagées pour cela, un moment octroyé par jugement qu'il ne faut absolument pas gâcher.

Nous assistons au désarroi de ce père face aux caprices d'adolescentes revêches, à ses interrogations de fils d'immigré, à ses meurtrissures réelles ou fantasmées. Nous le voyons parcourir la lande venteuse et trempée, peut-être pour comprendre comment son meilleur ami de jeunesse, Yvon Le Guen, qui se sentait exilé à Lyon, a pu un jour disparaître de sa vie afin de revenir vers sa Bretagne, son pays qu'il lui racontait "pour qu'il ne lui échappe pas", comme lui-même le fait avec ses filles.
Le narrateur s'y rend dans l'espoir le revoir, pour remettre dans sa vie bancale quelque chose de solide et sûr, à savoir l'amitié partagée avec Yvon. Ce voyage est envisagé comme une thérapie de dernière chance.

Mais le narrateur ne retrouvera pas Yvon : il fera cependant d'autres rencontres, notamment celle du vieux Le Bihan, le loueur de bicyclettes du coin. Un drôle de bonhomme, taciturne, l'air d'être parvenu au bout de tout, n'éprouvant jamais le besoin de quitter son île, même pour aller à Brest si proche. Pourquoi faire? Il est là, il y reste comme s'il ne pouvait aller plus loin, comme s'il y avait pris racine, ce qui intrigue le narrateur, lui, le déraciné. Une sorte d'empathie s'installe entre eux, mais faussée parce que fondée sur des erreurs de perception de l'un par l'autre.
En effet, Le Bihan est poussé vers le narrateur parce qu'il voit en lui un algérien, un frère. C'est que lui, Le Bihan, est pied-noir, expulsé d'Algérie en 1962, y laissant l'amour de sa vie, Aïcha, "belle comme la lumière", qu'il n'a jamais oubliée. Et face à ce vieil homme éperdu évoquant son enfance, les odeurs, les bruits, les couleurs de la Casbah, pour en trouver un écho chez lui, le narrateur s'aperçoit alors qu'il est seulement un enfant de la Croix-Rousse, un gone de Lyon. Il se découvre moins algérien que Le Bihan,  le seul véritable déraciné de l'histoire.

Ce dénouement est raconté en quelques pages pleines d'émotion qui, à elles seules valent le temps que l'on consacre à la lecture plaisante du bouquin. Plaisante, parce que le talent du conteur est indéniable, et le style simple, adorné de trouvailles poétiques, sans réflexions absconses ni cuistreries. Une trame lisse, pleine de sensibilité avec parfois, des allusions irritantes sur les origines, l'héritage, la transmission. Rien n'est parfait en ce bas monde

En conclusion :

Il s'agit d'un ouvrage qui ne révolutionnera pas la littérature sur le plan stylistique et encore moins sur celui du développement d'une intrigue. Mais il se lit vite, sans (trop d') ennui, sans passion dévorante non plus : il peut faire passer un bon moment tout en donnant l'occasion de considérer une autre facette d'un personnage que, sinon, l'on trouverait seulement politicien. Alors qu'il est un écrivain honorable, salué en son temps pour un récit autobiographique : Le Gone du Chaâba

De plus, on trouvera aussi dans Salam Ouessant l'occasion de réviser ses opinions (bien-pensantes) que l'on imagine parfois définitives : en effet, les plus déracinés ne sont toujours pas ceux que l'on croit; il faut se méfier des préjugés, disais-je en préambule. C'est confirmé, une fois de plus

Salam Ouessant, Azouz Begag
Paru en 2012, chez Albin Michel
187 pages en Éditions France Loisirs
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Bonne lecture, si ça vous chante...

André

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